Des lignes de production automatisées aux entrepôts de stockage autonome, la transformation de notre façon de produire, de consommer et de prévenir est en cours.

Par prévenir, il faut comprendre le fait d'anticiper les situations qui peuvent avoir un impact sur un ou plusieurs maillons de la chaîne de valeur. Bien entendu, prévenir les risques et éviter les accidents est au centre de cette définition.

Pourtant, la transformation des métiers qui capitalisent sur l'Humain semble être en retard par rapport aux autres métiers. Il est donc légitime de se demander quels sont les éléments qui freinent cette révolution technologique.


1. C'est en premier lieu un métier de terrain

En dehors du temps que le préventeur va passer à faire de la veille réglementaire, de l'administratif ou du pilotage, la plus grosse partie de sa journée s'effectue sur le terrain, au contact des équipes et des parties prenantes.

Aujourd'hui, le préventeur ne se focalise plus sur les seuls risques techniques. Il a aussi pour mission de sensibiliser l'ensemble des collaborateurs à la culture sécurité, dans l'objectif de les impliquer avec lui dans sa politique de prévention, et ainsi réduire les causes d'accidents.

Le métier de préventeur est avant tout un métier de terrain et d'analyse | eyesr.fr

Cela signifie que la digitalisation des processus métiers doit se faire à plusieurs niveaux et ne doit pas se focaliser sur les tâches répétitives et à faibles valeurs ajoutées, que sont le pilotage et le réglementaire : c'est l'ensemble de la chaîne qui doit être concernée !

Le métier de préventeur n'a donc jamais été un métier de bureau, et il ne le sera jamais, même à l'heure de la digitalisation, il doit rester centré sur l'Humain et sur le terrain !


2. L'innovation n'est que peu au centre des actions que mènent les acteurs historiques

Digitaliser les processus métiers ne peut pas se faire du jour au lendemain, c'est tout un plan d'action qui doit être mis en place, notamment pour que tout le monde puisse suivre et s'en imprégner.

Pour accompagner les entreprises, il existe de nombreuses institutions qui sont là pour assister les entreprises dans l'élaboration et le financement de leurs plans d'actions. Ils sont aussi en charge de surveiller leur mise en place. Autant de tâches qui composent de leurs actions. Quelques exemples :

  • les caisses d'assurances maladie risques professionnels
  • les organismes de recherche comme l'INRS

La problématique de ces différentes institutions, c'est que leur spécificité n'est pas suffisamment axé sur l'innovation profonde des processus métiers. En pratique, ce sont les entreprises qui prennent les devants. Une raison fondamentale à cela : ils voient bien plus rapidement les avantages des innovations sur leurs besoins terrains.

Il semble donc que l'équation soit prise à l'envers : ce sont les entreprises qui investissent, testent et innovent, avant de faire des retours d'expérience qui apportent de la valeur au marché pour digitaliser le monde de la prévention !

Alors même si il y un avis mitigé sur la question, car certaines de ces institutions commencent à s'adapter à ce contexte évolutif, notamment l'ANACT qui propose de plus en plus de guides pour accompagner sur la transformation numérique des entreprises.

Les médias spécialisés sont aussi au centre de cette même équation, en abordant de plus en plus de sujets liés à la transformation de ces métiers : Inforisque, PIC ou encore officiel prévention en sont des exemples parmi d'autres.


3. L'impact du réglementaire et des procédures

Une autre raison qui peut expliquer le retard de digitalisation, c'est l'impact important des procédures réglementaires. Entre document unique, plans de prévention, permis feu, audits, habilitations, registre de sécurité, le nombre de documents à produire pour respecter les règles peu sembler interminable.

D'autant plus qu'il est primordial de rester informé avec des veilles réglementaires pour être au courant des mises à jour !

Une liste de procédures réglementaires qui ralentit la digitalisation des processus métiers | eyesr.fr

Alors, même si ces documents sont efficaces et qu'ils ne faut pas, pour le moment les remettre en question, ils sont un frein important à la digitalisation des métiers de la prévention.

Pourquoi ?

Tout simplement, car tous les nouveaux digitaux doivent apprendre les codes de l'ensemble de ces procédures réglementaires, afin d'apporter le maximum de valeur au quotidien.

Que ce soient des outils d'aide à la rédaction du document unique, des bases documentaires, ou même un assistant digital de prévention des risques, il est fondamental qu'ils puissent l'interpréter et le comprendre pour simplifier l'ensemble des tâches.

Et la frontière entre simplicité et complexité peut se jouer à un fil dans la prise en main de cet outil !

➡️ Lire l'article sur une des procédures réglementaire utilisée : la check-list pour en savoir plus sur les différences entre sa version papier et sa version dématérialisée


4. La jeunesse du métier

Même si les démarches de prévention des risques sont nées, il y a plusieurs centaines d'années, avec l'arrivée des machines textile et donc des risques d'accidents, le métier de préventeur à réellement été défini avec les interventions de la loi, vers la fin du XIXe siècle.

L'obligation pour l'entreprise de désigner un salarié qui sera responsable de ces sujets a été actée en janvier 2012 !

Il ne s'est donc passé que très peu de temps entre la concrétisation des processus de prévention des risques et le début de leur transformation grâce au digital. 20 ans pour en définir les bases et le révolutionner, c'est tout même assez court.

Comme nous le disions plus tôt dans l'article, le changement peut prendre du temps. Il est presque contre-productif d'aller trop vite dans un métier de terrain, impacté par le réglementaire, dans lequel tous les collaborateurs doivent être impliqués.

Cette ancienneté est donc une explication importante lorsque l'on essaye de comprendre le pourquoi du retard de digitalisation dans les métiers du QHSE


5. Changer l'habitude du document papier

Le traditionnel fichier Excel sur lequel nous recensons sur plusieurs dizaines, centaines, voir milliers de lignes, une quantité de données astronomiques est aujourd'hui un des moyens de pilotage qui fonctionne plutôt bien.

Mais efficace ne veut dire ni optimal, ni rapide, ni simple.

Les outils digitaux qui naissent sont conçus pour gérer cette quantité de données afin d'en ressortir uniquement les données pertinentes, et ce, de façon beaucoup plus proactive. Un gain de temps important !

Mais la difficulté ici ne repose pas sur les outils digitaux, elle repose essentiellement sur le fait de passer d'un outil à un autre : comment changer ses habitudes pour faire la même chose plus vite et plus simplement ?

Importer votre situation actuelle et votre historique en quelques étapes simples | eyesr.fr

Sur ce point, la majeure partie des logiciels sur le marché sont capables d'importer vos données existantes afin d'avoir un état des lieux de la situation actuelle et passée

➡️ Lire l'article sur comment piloter sa prévention des risques à l'heure du digital


6. Matériel VS logiciel

Ce n'est pas nouveau, mais pour prévenir de certains risques, des installations matérielles et physiques sont nécessaires :

  • des garde-corps pour prévenir les chutes ;
  • des harnais pour sécuriser le travail en hauteur ;
  • des équipements pour alléger les contraintes sur l'Homme ;
  • des protections pour limiter les interactions avec les machines

Sont autant de moyens essentiels pour protéger son capital Humain. Mais ce ne sont pas les seuls axes d'amélioration possibles.

Ce sont certes les plus immédiats et ceux avec un R.O.I plus immédiat, mais sur le long terme ce ne sont pas les plus efficaces.

En effet, les outils digitaux ont une adaptabilité face au changement qui peut sembler bien meilleure, notamment dû au fait que leur conception est bien plus souple. Et cette capacité de s'adapter lorsque la situation évolue permet d'adresser de nouveaux cas d'usages et d'obtenir un retour sur prévention plus rapide

➡️ Lire l'article sur le R.O.P (retour sur prévention), pour en apprendre plus sur son objectif et sur comment le calculer de façon concrète


Vous l'aurez compris avec ces 6 points d'explications : la digitalisation des métiers de la prévention est en cours, mais elle doit se faire en plusieurs étapes et non bousculer les principes du jour au lendemain.

Innover, c'est intégrer l'ensemble de la chaîne existante pour que les bénéfices en soient plus nombreux et plus immédiats

Alors, même si certains éléments viennent freiner cette révolution des métiers HSE, nous sommes convaincus que cela va rapidement changer pour simplifier et améliorer les processus métiers.

Parce que la prévention doit être l'affaire de tous !